Un blog pour et par les cinéphiles, avec des critiques de films, nos projets personnels et des filmographies. A toute suite !
Tentation, Révélation,
Crucifixion
De : Martin Scorsese
Avec : Willem Dafoe, Harvey Keitel, Barbara Hershey…
L’histoire : En Galilée, Jésus est un charpentier qui construit même des croix. Mais tandis que des voix le harcèlent, il décide de connaître ce que Dieu lui veut vraiment…
Mon avis : C’est en 1972, sur le tournage de Boxcar Bertha que Barbara Hershey (future Marie Madeleine) fit découvrir à Martin Scorsese le livre de Nikos Kazantzakis, auteur grec excommunié en en 1955 par l'Eglise orthodoxe. Il mettra plus de 15 ans à mettre le projet sur pied, ce qui fut d’autant plus difficile que les pressions de groupes religieux furent légion. Scorsese regrettera d’ailleurs ne pas avoir eu tout l’argent nécessaire pour mener à bien son projet. La Dernière Tentation est sans doute l’un des films les plus personnels de Scorsese, lui qui est entré au séminaire en 1956. De fait, il n’est pas toujours facile de prendre du recul quand un sujet vous obsède à ce point. Et le scénario de Paul Schrader (auteur du script de Taxi Driver) est parfois très rentre-dedans (Jésus s’arrachant le cœur et le montrant à ses disciples !). Pourtant, La Dernière Tentation est bien un film de Scorsese, peut-être l’un des plus attachants. Difficile de passer à côté du thème qui hante toute la filmographie du réalisateur : celui d’un homme dont les valeurs et aspirations ne peuvent s’appliquer aux codes de la société dans laquelle il vit. Scorsese dépeint ainsi un Jésus parfois écrasé par la charge qui lui incombe, bref, un Jésus très humain. Trop humain sans doute pour les fondamentalistes catholiques qui ont incendié des salles de cinéma de Paris et Besançon, où le film était projeté. Cinématographiquement, le film semble moins virtuose que les précédentes réalisations de Scorsese (il faut dire que le rythme de vie des mafieux impose une caméra survoltée, non ?), mais il possède néanmoins des plans marquants et fiévreux. Surtout, avec un certain temps d’avance, il réévalue le rôle de Judas (étonnant Harvey Keitel) et le montre sous un autre jour. Du catéchisme ? Pas vraiment. Mais une expérience surprenante, assurément…