Un blog pour et par les cinéphiles, avec des critiques de films, nos projets personnels et des filmographies. A toute suite !
Coco- Lanta
De : Peter Weir
Avec : Jim Sturgess, Ed Harris, Saoirse Ronan, Colin Farrell…
L’histoire : Sibérie, 1940. Sept prisonniers s’enfuient d’un goulag et tentent de rallier un pays n’ayant pas pactisé avec le régime communiste…
Mon avis : Librement inspiré du best-seller A marche forcée de Slavomir Rawicz (qui, s’il a vraiment été prisonnier d’un goulag, n’a pas vécu personnellement cette histoire), Les Chemins de la liberté montrent une nouvelle fois le goût de Peter Weir (Le Cercle des Poètes disparus, The Truman Show, Master and Commander) pour les grands espaces et l’exploration de la nature humaine. Il faut dire que tant la période que la situation de départ permet de se poser des questions sur le genre humain, tant dans ses folies que dans ses ressources insoupçonnées. Il est d’ailleurs étonnant que le cinéma ne soit pas davantage « penché » sur les goulags. Ce film plonge dans un premier temps le spectateur dans un de ces camps et montre bien que les communistes n’avaient rien à envier aux nazis quant à la cruauté de leur système carcéral. Les scènes du début sont impressionnantes et angoissantes, et c’est dans ce contexte qu’apparait Mark Strong, le méchant de l’année 2010 (Robin des Bois, Sherlock Holmes). Si pour certains Les Chemins de la liberté fera un peu figure de catalogue de toutes les souffrances endurées au long des 10 000 kms effectués à pied (le froid, la chaleur, la faim, la soif), c’est surtout un hymne d’amour à une nature filmée dans toute son immensité et sa beauté sauvage (le film est d’ailleurs coproduit par National Geographic). Ainsi, elle devient le véritable personnage principal de ce film et d’ailleurs son horizon s’abaisse symboliquement au fil de la route de nos héros, comme pour signifier qu’elle les libère au fur et à mesure de tous les tourments qu’elle leur inflige. Du coup, malgré un bon casting, qui ajoute à la crédibilité du film (mis à part Colin Farrell qui nous rejoue Victor l’enfant sauvage), avec une mention spéciale pour l’excellent Ed Harris (qui retrouve ici Perter Weir 13 ans après The Truman Show) et la jeune Saoirse Ronan (révélée par Lovely Bones), on reste assez extérieur à l’aventure faute d’identification aux personnages. En effet, les relations entre les héros ou des tensions inhérentes à ce genre de situations (le passé des personnages, la présence d’un prisonnier sans foi ni loi où l’arrivée d’une jeune fille dans le groupe d’évadés), sont plutôt sous exploitées. Il manque au film un vrai point de vue à l’intérieur des fuyards. Mais il est possible que Weir ait voulu privilégier l’entraide et la solidarité d’un groupe d’hommes d’horizons et de nationalités différentes et montrer que les ressentis sont étouffés par la fatigue et le but commun. La fin, didactique genre « l’histoire du communisme pour les nuls », se révèle pourtant nécessaire pour réaliser que la route est encore longue pour les habitants d’Europe de l’Est. Les Chemins de la liberté manque ainsi un peu d’émotion, mais nous montrons là assez exigeants. A défaut d’être un grand film, il est prenant, dépaysant en diable et finalement assez beau…