Un blog pour et par les cinéphiles, avec des critiques de films, nos projets personnels et des filmographies. A toute suite !
De : Orson Welles
Avec : Orson Welles, Joseph Cotten, Dorothy Comingore...
L’histoire : A la mort du grand magnat Charles Foster Kane, des journalistes essaient de percer le secret du dernier mot qu’il prononça avant sa mort : « Rosebud »…
Mon avis : Tout a été dit ou écrit sur ce film, sans doute le préféré des cinéastes (dont Steven Spielberg) et de la critique (en 2007, 78 critiques et historiens réunis par les Cahiers du Cinéma du cinéma l’ont élu meilleur film de tous les temps). Mais une question se pose cependant : comment revoir ce film en oubliant sa notoriété et de son statut officiel de chef d’œuvre ? Réalisé en 1941 par un jeune homme de vingt-six ans auquel les studios avaient donné carte blanche, Citizen Kane fait figure d’intouchable dans les cercles de cinéphiles. Ayant vu le film il y a plus de vingt ans, il ne m’avait pourtant pas laissé un souvenir mémorable. Je me souviens même m’y être un peu ennuyé… A la revoyure, Citizen Kane dévoile toute sa richesse, essentiellement technique ! Cadrages incroyables (le meeting de Kane), fondus enchaînés, profondeur de champ jamais vue jusqu’alors, c’est un véritable festival de prouesses visuelles. Les premières images sont inoubliables (plans très sombres de Xanadu le palais de Kane, suivi de la fabuleuse scène de la boule à neige qui se fracasse sur le sol). Qu’est-ce qui fait alors que ce film ne figure pas sur la liste de mes films préférés ? Le jeu des acteurs est pourtant très bon (Welles est magnétique), le scénario à tiroirs soigné (les témoignages de ceux qui ont côtoyé le magnat) et les images sublimes. A mon avis, le vrai problème de Kane est qu’il ne m’a pas ému, ni emporté tout simplement. Si l’idée de départ s’avère brillante (peut-on définir un homme avec les dernières paroles qu’il a prononcées ?) et l’évocation de la fin de l’innocence bienvenue, il est difficile d’éprouver de l’empathie pour ce personnage bigger than life (Randolph Hearst et Howard Hughes se sont d'ailleurs sentis visés), dont l’esprit de conquête en fait un pur produit de sa nation, dont la déchéance est évidemment programmée. La fin du film incite tout de même à une certaine réflexion : le mystère de Kane ne sera jamais résolu (même si le spectateur connaîtra la signification du mot Rosebud), et ainsi doit-il en être pour tous les hommes de la planète. Oui, Orson Welles était génial. Sur ce blog, nous préférons (et de loin) la noirceur et la moiteur de La Soif du mal à ce Kane révolutionnaire mais qui nous a quand même laissés sur notre faim…