Colosse aux pieds d’argile
De : Paul Wegener et Carl Boese
L’histoire : Dans le Prague du XVIème, le rabbin Loew, à la fois philosophe et magicien, qui a vu dans les étoiles l'annonce d'un grand danger pour les
Juifs, fabrique une statue d’argile pour sauver son peuple…
Mon avis : Réalisé en 1920, Le Golem est l’une des œuvres majeures de l’expressionnisme allemand, même si moins connu que le Cabinet du Dr
Caligari (1920) ou Nosferatu (1922). L’éclairage et les effets spéciaux sont étonnants pour l’époque, même si le monstre d’argile (interprété par l’un des réalisateurs)
n’effraye pas vraiment contrairement au démon Astaroth, lui très réussi. Le Golem évoque également les persécutions juives du 16ème siècle, et la sensation d’enfermement et
d’oppression est rendue efficacement avec les décors du ghetto, et de ses petites ruelles tortueuses. Précurseur de Frankenstein, autant dans le domaine littéraire (Le Golem est un célèbre mythe
juif), que filmique, le film illustre un thème toujours bien d’actualité : l'inconscience des hommes à vouloir créer ses propres créatures, qui finiront par se retourner contre eux. Un film
véritablement prémonitoire…

De : Sergio Leone
Avec : Clint Eastwood, Eli Wallach, Lee Van Cleef…
L’histoire : Pendant la Guerre de Sécession, trois hommes se lancent à la recherche d'un coffre contenant 200 000 dollars en pièces d'or volés à l'armée
sudiste…
Mon avis : Réalisé en 1966, le film est toujours un incroyable spectacle. Picaresque, contemplatif, mordant, les adjectifs ne manquent pas pour cette œuvre
d’une richesse visuelle incroyable. Tarantino peut toujours courir pour essayer d’égaler le maître. Bien que présentant des personnages immoraux et d’un cynisme inouï (« Quand on tire, on
tire, on raconte pas sa vie » lance Tuco à un sbire qu’il vient de descendre), l’humanité de Leone est malgré tout flagrante. Et l’émotion bien présente. Certes, le film comporte des scènes
violentes (le personnage interprété par Lee Van Cleef exécutant la presque totalité d’une famille de paysans pour de l’argent) mais ces dernières visent plus la démystification que la fascination
à proprement parler. Et Clint Eastwood… Que dire de cet acteur dont le magnétisme légendaire sert parfaitement son personnage de « Bon » borderline ? Il y a quelque chose de
volontairement « too much » chez Leone : un style unique, qui permet de mieux rendre compte des imbécillités notables de personnages sans foi ni loi. Et celui qui en rira n’aura
peut-être pas tout compris. Que dire de plus, si ce n’est que la musique est, elle aussi, géniale ?

De : William Wyler
Avec : Audrey Hepburn, Shirley MacLaine…
L’histoire : Deux jeunes institutrices sont victimes d’une rumeur qui aura des conséquences désastreuses sur leur vie…
Mon avis : Avec ce film, William Wyler ose aborder un sujet tabou : l’homosexualité féminine. Il installe d’abord le cadre romantique de deux jeunes et
jolies maîtresses qui tentent de monter leur école, pour les faire basculer brusquement dans le cauchemar des ragots. Mettant en scène trois générations d’actrices exceptionnelles : Audrey Hepburn, bien sûr, mais aussi Shirley MacLaine, Miriam Hopkins, Fay Bainter, Karen Balkin et Veronica Cartwright, Wyler nous
offre une histoire exclusivement féminine. Les hommes sont absents ou lâches (c’est sûr, ça ne fait pas super envie comme ça), mais les femmes sont capables du meilleur comme du pire, surtout du
pire les unes envers les autres. Au-delà du thème polémique (le film date de 1961), l’histoire montre bien l’influence que nous pouvons avoir sur l’existence des autres. Pouvoir conscient ou
inconscient, utilisé ou non, pour faire le bien ou le mal, mais pouvoir tout de même. De plus, il refuse de tomber dans la pédolâtrie (utilisé ici dans le sens d’une fascination pour
l’enfance) et montre le côté sombre que peuvent avoir certains enfants, y compris pour ceux qui leur veulent du bien. Bref, si ce film n’est peut être pas le meilleur de William Wyler
(Vacances Romaines, Ben Hur), il a le mérite d’aborder un sujet délicat tout en finesse et, l’air de rien, de proposer une réflexion…
Un jour j'irai à New York avec toi
Avec : Gene Kelly, Frank Sinatra...
L'histoire : Trois marins débarquent à New York pour une permission de 24 heures et comptent bien en profiter...
Mon avis : Première tentative de co-réalisation de Gene Kelly aux cotés de Stanley Donen, Un jour à New York n'est sans doute pas le plus abouti des
projets du fameux duo. Aucun reproche à faire à la réalisation même si elle n'a rien de rare, c'est plutôt par le scénario que ce film pèche. L'enjeu est un peu léger (Gabey le marin
parviendra t'il a retrouver sa belle rencontrée dans le métro new-yorkais ?) et ne suffit pas vraiment à faire le lien entre les très nombreux numéros musicaux. Nettement moins inspiré que
Chantons sous la pluie et moins marrant que Le Pirate, Un Jour à New York est une petite comédie un peu caricaturale. Heureusement l'humour fait une
courte apparition à la fin du film où l'on voit les trois marins obligés de se travestir en danseuses orientales. Malgré tout, l'excellent duo Kelly - Sinatra (que l'on peut retrouver dans
Escale à Hollywood) est savoureux et assez rare pour se réserver cette comédie musicale pour une petite soirée pépère...
Le Grand Bleu
L'histoire : Biographie pas si fictive de Yves Klein, l'inventeur du monochrome...
Mon avis : Réalisé à l'occasion de la rétrospective Klein au Centre Pompidou en 2006, le documentaire de François Levy-Kuentz, alimente le débat : Yves
Klein génial génie ou incorrigible mégalo ? Probablement un peu des deux. Mais ce film, qui s'appuie sur de nombreuses images archives, a le grand mérite, comme Le Mystère Picasso
de Henri-Georges Clouzot, de nous montrer l'artiste au travail... Et cela n'a pas de prix. C'est aussi une occasion parfaite de découvrir la démarche brillante de Klein et de sortir de l'idée
selon laquelle « l'art contemporain c'est du foutage de gueule » et autres « mon gamin de 5 ans fait la même chose ». Vous l'aurez compris, je suis une extra-fan de cet
artiste et, malgré le bleu auquel décidément aucun support ne rend justice, ce documentaire est un joyau !
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